Bilan de la récolte de houblon 2015

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Régulièrement, nous offrons la possibilité aux acteurs de la filière brassicole de s’exprimer sur ce blog,
la Cophoudal, acteur historique du marché du houblon en France nous a proposé de publier un bilan de la récolte 2015 du houblon.
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La météo de cet été, très favorable aux vacanciers, a en revanche été préjudiciable au monde agricole en général et au houblon en particulier.
Le houblon de toute l’Europe occidentale, de la France à la République Tchèque en passant par l’Allemagne, la Slovénie, la Pologne, a violemment souffert des températures caniculaires et surtout du manque de précipitations au mois de juillet et août. Il s’agit là de près de 47% de la production mondiale de houblon.
Alors que les producteurs de houblon sortent à peine d’une crise qui a duré de 2009 à 2013, et voient les surfaces mondiales dépasser à nouveau la barre des 50 000 ha, cette situation exceptionnelle va entrainer un manque de houblon estimé à environ 30% en volume sur le marché. Ce sont principalement les houblons aromatiques qui sont victimes du climat et comme la stratégie des principaux brasseurs a consisté à baser les achats sur l’indice Alpha, la pénurie en volume se cumule à la pénurie en Alpha. Outre une grosse pression sur le prix des houblons c’est surtout la pénurie de marchandise qui handicape considérablement le monde brassicole. L’Allemagne, historiquement le plus gros pays producteur du monde a été dépassé par les USA avec 18300 ha sur les 51800 ha mondiaux.
Un glissement majeur au profit des houblons aromatique se produit au dépend des houblons amères. De 65%/35% de houblons amères contre aromatiques en 2008, on est passé à une part de 50%/50%. L’Allemagne, la Slovénie et la république Tchèque modère son expansion pour permettre aux planteurs de retrouver des niveaux de prix décents mais l’essentiel des discussions récentes du CICH (Congrès International de la Culture du Houblon) a tourné autour des problèmes de disponibilité de l’eau : en Europe, pomper dans la nappe est de plus en plus impopulaire, alors qu’aux USA il existe une régulation sur le droit à l’eau qui n’est que dépendante du niveau des réservoirs alimentés ou non par les fontes de neige.

Finalement, des conditions de cultures idéales pour le houblon existent-elles ? Tant le houblon est soumis à des attaques de toute part, pucerons, araignées rouges, mildiou, oïdium, charançons…. contre lesquelles les moyens de lutte deviennent de plus en plus rares. Le houblon, en tant que culture mineure occupant 430 ha du territoire français, ne suscite pas un intérêt majeur de la part des laboratoires pour la mise en marché de nouvelles molécules.

Aujourd’hui nous faisons face à un problème de plus avec ces conditions climatiques défavorables, pour lesquelles même l’irrigation n’aurait rien changé cette année.
Le houblon, est une plante pérenne qui récolte 100% au bout de 2 ans et qui demande au producteur un investissement spécifique de près de 80 000 €/ha. Cette profession a par conséquent toujours fonctionné par contrat pluriannuel de 4 à 5 ans avec les brasseurs. Un engagement à hauteur de 80% d’une récolte prévisionnelle pour justifier l’immobilisation de la terre sans revenus pendant 2 ans et les investissements lourds. Le matelas de 20% devant servir à compenser les faibles rendements dans une année défavorable et ainsi permettre au producteur de toujours honorer son contrat.
L’émergence de la Brasserie artisanale partout dans le monde représente un nouveau défi pour tout l’ensemble de la filière mondiale. Aucune donnée fiable ne permet de prévoir la croissance de ce segment et par conséquent ses besoins suffisamment en amont pour organiser la production. On estime une part des bières artisanales de 2% qui consommerait 20% des houblons. De plus, les houblons aromatiques bénéficient d’effets de mode avec une demande parfois forte sur une variété précise mais sur une période plus courte qu’autrefois. De ce point de vue les planteurs américains tirent leur épingle du jeu grâce à leur hyper-flexibilité que l’on ne connait pas en Europe.

Un plant de houblon a une durée de vie qui peut aller jusqu’à 30 ans, mais pour maintenir son potentiel de rendement, le producteur renouvelle sa plantation tous les 10 à 15 ans. Aujourd’hui, avec ces effets de demande, il est probable que le renouvellement variétal se fasse bien plus vite avec, ici aussi, une immobilisation du foncier accélérée. C’est un nouveau challenge pour le producteur qui ne sera pas sans conséquence sur le prix des houblons.
Il est impératif que la profession brassicole elle–même pense autrement la gestion d’achat de ses houblons.
Contrairement à l’orge et par conséquent au malt que l’on peut produire annuellement au gré des besoins, de surcroit à faible coût, la production de houblon s’anticipe sur 2 ans au moins. De fait, si le brasseur doit aller au contrat, son anticipation doit aller bien au-delà de 6 mois avant une récolte et songer sur un délai de commande minimal de 1 an. Au quotidien également, nous recommandons au brasseur d’avoir toujours un stock tampon de houblon d’avance, équivalent à un brassin pour palier tous risques de défauts de livraison.

Derrière une vitrine internet (Site de la Cophoudal) il y a toute une filière, organisée pour répondre aux besoins indiqués par les brasseurs. Le houblon est le fruit d’une production agricole et de ses aléas. Il ne se gère pas comme un produit industriel, ce qui explique que des pénuries peuvent apparaître. Le producteur alsacien ne perd jamais de vue que le houblon est un produit alimentaire. A ce titre, le houblon doit bénéficier de tous les soins que le consommateur est en droit d’attendre. Outre la règlementation Européenne mise en œuvre par France AgriMer en France qui garantit la pureté variétale et l’absence de déchets et d’impuretés, le brasseur doit exiger un produit indemne de tous risques alimentaires du début à la fin du processus de production :
– Avant la récolte : absence de maladies et de ravageurs, absence de corps étrangers, respect de la règlementation phytosanitaire.
– Lors de la récolte : date de maturité optimale, séchage dans les règles permettant la bonne conservation, choix des emballages, stockage dans les bonnes conditions.
– Lors de la transformation : choix du transformateur certifié, conditions de transformation, emballage aux normes alimentaires, stockage.
Beaucoup de néo planteurs apparaissent en Amérique du Nord et vendent leur houblon non séché aux brasseurs locaux sans notion de qualité et de séchage. Pourtant l’étape du séchage est cruciale pour le producteur tant elle peut compromettre en quelques minutes toute une saison de bon travail et donc son revenu annuel.
Enfin, 60% de la qualité du houblon se joue après la récolte lors de la pelletisation, de l’emballage, du stockage de la manipulation et de l’analyse.

Sources : Francis Heitz – Comptoir Agricole Houblon


Le Comptoir agricole accompagne et soutient les agriculteurs et notamment les producteurs de houblon depuis plus de 100 ans. De génération en génération, la coopérative a tissé des liens forts avec tout le secteur agricole d’Alsace participant à son développement tout en s’épanouissant à son contact. Un lien fort de confiance et de respect. Un gage de qualité en toute transparence.

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