Bilan de la récolte 2016

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Régulièrement, nous offrons la possibilité aux acteurs de la filière brassicole de s’exprimer sur ce blog,
l’AGPH, Association Générale des Producteurs de Houblon de France, nous a proposé de publier un bilan de la récolte 2016 du houblon.
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La campagne houblonnière 2016 s’achève sur une note plutôt positive, même si elle n’a pas été de tout repos pour les planteurs français.
Retour sur la campagne 2016
Après un repos de quelques mois et avant le redémarrage de la végétation, le houblon a pu être taillé courant mars grâce à des conditions de portance favorables. En avril, les précipitations régulières et les températures plutôt douces permettent l’émergence des nouvelles pousses et une croissance soutenue du houblon, si bien que la mise au fil démarre vers la mi-avril dans les parcelles les plus vigoureuses qui atteignent déjà, à ce moment-là, plus de 60 cm de haut. Après une période froide fin avril (températures minimales proches de 0°C), la douceur autour de l’Ascension permet au houblon de poursuivre son développement. Il accuse néanmoins un retard d’environ dix jours par rapport à une année normale au 15 mai.
Côté sanitaire, le mildiou est présent dans de nombreuses parcelles sous forme de contaminations primaires et/ou secondaires, mais les traitements fongicides permettent de maîtriser à peu près la situation.
Tout se complique à partir de fin mai
De fin mai à début juillet, les orages à répétition, apportant parfois de grosses quantités d’eau et même localement de la grêle, empêchent l’intervention dans les parcelles. De nouvelles pousses spiciformes de mildiou apparaissent sur l’ensemble de la plante et les contaminations secondaires sont nombreuses. Le risque climatique mildiou est très élevé durant 45 jours consécutifs ! Du jamais vu ! La situation est très préoccupante à ce moment-là.

Les forts cumuls de pluie lessivent rapidement les produits de contact quand les sols détrempés n’ont pas rendus impossible l’intervention. En parallèle, l’oïdium est présent mais de façon sporadique. La météo est certes favorable à son développement, mais les pustules peuvent également être lessivées par les pluies. Les pucerons sont quant à eux également présents et se multiplient, mais les auxiliaires (notamment les coccinelles) travaillent intensément et permettent de réduire les populations dans la plupart des parcelles.
Juillet et août favorables au houblon.
La situation climatique et sanitaire s’améliore nettement à partir de début juillet grâce à une période anticyclonique. La floraison démarre à la mi-juillet puis la montée en cônes dès fin juillet pour les variétés précoces. Les températures restent douces pour la période, notamment en Alsace et les quelques pluies durant cette période sont favorables au développement du houblon.
De très bonnes conditions de récolte.
On observe que les houblons dans les sols lourds ont soufferts de l’excès d’eau au printemps alors que ceux dans les sols légers et sablonneux sont prometteurs. Malgré les bonnes conditions climatiques de cet été, la récolte démarre le 29 août avec 4 jours de retard sur un programme habituel. Les planteurs bénéficient de très bonnes conditions de travail : sol sec, chaleur et absence de pluie ont contribué à la qualité des cônes et du séchage.

Qualité et rendements au rendez-vous.
Bien que très hétérogènes, les rendements sont bons dans l’ensemble. La France récolte 772 tonnes en 2016 contre 555 tonnes en 2015. Les résultats affichent une progression de 12% par rapport à une moyenne sur 5 ans. De quoi satisfaire la forte demande des brasseurs pour la plupart des variétés.
La qualité est également au rendez-vous. Les différentes pressions maladies ayant été bien contrôlées par les planteurs. Il est toutefois toujours très difficile d’estimer la perte de rendement lié aux champignons.
Après plusieurs années moroses liées à une situation de marché dépressive jusqu’en 2012 puis des conditions économiques défavorables, le houblon français retrouve peu à peu sa valeur dans le paysage des pays producteurs de houblon. On cultive 459 ha de houblon en France en 2016, soit une progression de 4% par rapport à 2015 et une progression de 8% par rapport à 2011, qui enregistrait la surface la plus basse depuis des décennies.
Toutes les houblonnières vides sont désormais replantées (ou en passe de l’être) et les surfaces sont vouées à être augmentées tant la demande est soutenue. De nouveaux contrats pluriannuels sont proposés à la filière, qui estime à une centaine d’hectares le besoin de surfaces supplémentaires. Un nouveau challenge à relever pour les adhérents à l’AGPH (Association des Planteurs de Houblon de France), prêts à accueillir de nouveaux planteurs dans leurs rangs.

Le houblon, est-il besoin de la rappeler, est une plante pérenne qui produit 100% de ses capacités au bout de 2 ans. Le matériel spécifique nécessaire au producteur de houblon, échafaudage, récolteuse, cueilleuse, séchage, demande un investissement spécifique de près de 80 000 €/ha, d’où la nécessité pour le producteur d’engager des contrats de vente pluriannuels avec les brasseurs. En contrepartie, le contrat donne au brasseur une garantie d’approvisionnement pour une plante très sensible aux aléas climatiques, notamment les houblons aromatiques. D’où la nécessité pour le brasseur d’anticiper ses besoins très en amont de l’utilisation.
Un marché mondial encore demandeur mais…..
La récolte 2015 n’a pas été faible seulement en France. L’ensemble des pays producteurs ont accusé un déficit de production considérable. La récolte 2016 compense une partie du manque de l’année passée et permettra de répondre à la demande toujours encore assez soutenue. La conséquence est un développement des surfaces mondiales de quelques 4000 ha pour un total de 55 500 ha. Les 2 pays producteurs principaux, les USA voient encore leur surface progresser de 17% entre 2015 et 2016, quant à l’Allemagne, c’est une progression de 4% à 18 600 ha. Les USA sont ainsi passés de 12 000 ha en 2011 à 20750 ha en 2016 ! Bien qu’ayant une bonne récolte 2016, les USA ont souffert d’attaques de champignons qui ont vu croître leur production de seulement 10%, alors que l’Allemagne aurait pu présenter un rendement encore supérieur si une vague de chaleur à partir du 20 août n’avait compromis le rendement alpha de leurs houblons.
L’Allemagne qui était toujours très orientée houblons aromatiques, a délaissé cette spécialité pour se concentrer sur des houblons amérisants. Herkules est devenu la variété la plus cultivée au monde avec 4884 ha. Malgré cela, elle ne parvient pas à compenser le revirement des américains qui eux, pendant le même temps, réduisent les amérisants au profit des houblons aromatiques. Le Cascade est la 2è variété la plus cultivée avec 3200 ha. Les houblons bitter sont en déficit cette année encore, ce qui est paradoxale compte tenu de la baisse constante de production mondiale de bière et ce pour la 2è année consécutive. Cette situation ne devrait pas durer, puisqu’on s’attend à ce que la Chine, la Russie et le Brésil, gros consommateurs de houblons bitter, voient leur production de bière poursuivre la baisse et donc réduire leur demande en houblon.

Le marché brassicole mondial reste toutefois très dynamique.
La demande en houblon est encore soutenue par le segment ‘’craft beer’’ dans plusieurs zones mondiales comme les USA, l’Amérique du sud, l’Europe du Nord et de plus en plus en Asie.
Plusieurs facteurs de réflexion sont néanmoins à considérer pour la culture du houblon dans les années futures :
Les plantations aux USA sont calquées sur des prévisions de progression du marché ‘’craft’’ de 15% alors que ce segment ne progresse plus que de 8% et semble avoir atteint sa maturité.
Des contrats d’achat de houblons ont été conclus pour une progression de 15% et on s’attend donc à voir ce surplus sur le marché spot prochainement.
De plus en plus de micro-brasseries US sont rachetées par des grands groupes industriels dont on est certain qu’ils vont optimiser le versement du houblon et de fait réduire la demande. Parmi les plus connus, Heineken a acquis Lagunitas Brewing Co, Mahou San Miguel a pris le contrôle de Founders Brewing Co et Anheuser-Busch, le plus actif, possède en son giron Goose Island, Elysian, 10 Barrel Brewing Co, Breckenridge Brewery, Blue Point, Four Peaks Brewing Co, Golden Road Brewing, Shock Top…

Toutefois, les spécialistes de la profession affirment que la production mondiale de bière, qui devrait encore poursuivre sa baisse, serait compensée par un dosage houblon en légère croissance auprès des brasseurs artisanaux, ce qui devrait soutenir quelque peu la demande. L’équilibre ne devrait pas être loin avec les surfaces actuelles. Seules quelques variétés aromatiques fines et quelques variétés aromatiques spécifiques flavor peuvent profiter d’augmentation de surfaces…

Francis Heitz, Secrétaire Général de l’AGPH, Association Générale des Producteurs de Houblon de France

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