Bilan de la Récolte 2017 en France et dans le Monde

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Pendant les semaines précédant le Comice du Houblon, nous invitons des acteurs de la filière houblon et partenaires du Comice à s’exprimer sur un thème spécifique, aujourd’hui le Comptoir Agricole, coopérative de houblonniers en Alsace explique son point de vue sur les problématiques d’approvisionnement du houblon bio.

Alors que les USA enregistrent une récolte record en 2017, l’Europe et notamment son principal producteur l’Allemagne, peut se satisfaire d’un rendement tout juste moyen mais inespéré, compte tenu des soubresauts climatiques.
Les températures extrêmes entre mi-juin et mi-juillet et un sévère déficit de pluie sur l’ensemble de la saison ont compromis les résultats de la récolte 2017 en Europe occidentale. Les USA et l’Angleterre s’en sortent bien et affichent des bons résultats.

Développement des surfaces dans le Monde

Les surfaces mondiales de houblon continuent de progresser à un rythme de 3 000 ha/an depuis plusieurs années, pour un total de 59 300 ha. Les USA et l’Allemagne, les principaux pays producteurs, couvrent à eux seul près de 75% du marché mondial. La République Tchèque et ses 4 950 ha ou la Pologne avec 1 600 ha sont bien loin derrière.
Les USA poursuivent le développement de leurs surfaces à 23 000 ha contre 12 000 en 2012. L’orientation aromatique se confirme aux USA aux dépends des houblons amérisants, puisque le Cascade est depuis 2015 la variété la plus cultivé aux USA avec 3 000 ha, soit 13% des surfaces ; Centennial et Citra ont pour leur part détrôné les amérisants CTZ (Columbus/Tomahawk/Zeus) du podium. Le houblon américain a été soutenu par un secteur brassicole artisanal très dynamique au cours des dernières années. La croissance à 2 chiffres observé en 2014 (18%) ou en 2015 (16%) s’est toutefois tassé en 2016 avec un encore enviable 6%. On observe en parallèle une forme de cannibalisation de la brasserie artisanale :
Les brasseurs industriels font main basse sur les crafts les plus intéressantes : Goose Island, Elysian, Four Peaks, Breckenridge, Mill Street… pour ABInbev ; Lagunitas pour Heineken ; Boulevard et Ommegang pour Duvel, etc.
Ce ne sont plus seulement les brasseurs industriels qui souffrent mais aussi les grosses crafts tels que Samuel Adams, Sierra Nevada ou New Belgium.

Prix à la baisse des houblons Cascade, Chinook, Centennial

Bien que les planteurs considèrent que les houblons actuellement en terre sont pour la plupart contractualisés, on ne peut pas ignorer ces signes. L’offre pour certaines variétés US majeures augmente à nouveau. 40% des houblons produits dans le pays sont utilisés par le segment des brasseries artisanales – parmi lesquels Cascade, Centennial et Chinook composent le podium des variétés depuis plusieurs années. Ce sont précisément ces mêmes variétés qui sont désormais en surproduction, dans un paysage de près de 200 variétés disponibles à travers le monde ! Les prix de ces houblons sont fortement baissiers. Les variétés les plus tendues sont : Galaxy (Aus.), Citra, Nelson Sauvin (NZ), Mosaic, Simcoe, Amarillo. De plus, on voit un frémissement de replantation des variétés amères Columbus, Tomahawk, Zeus (CTZ) après 7 années de réduction. Une confirmation attendue en 2018 !

Une production Alpha déficitaire

En Allemagne on s’attendait à une récolte plus catastrophique que cela, tant les houblons se trouvaient dans un état désespéré début juillet. C’était sans compter sur le retour de pluies salutaires et de températures plus supportables au bon moment, c’est-à-dire durant la formation des cônes entre mi-juillet et mi-août. Au final la récolte, bien que déficitaire malgré la mise en place de 945 ha supplémentaires, s’élève à 41 500 To. C’est plutôt sur la position des alphas que la production est déficitaire, l’Allemagne ayant depuis longtemps pris l’habitude de vendre ses houblons, y compris aromatiques, massivement sur base des alphas. C’est la raison pour laquelle des variétés telles que Tradition, Perle, Hersbrucker, Saphir ou Tettnang ne sont plus disponibles, aussi dû au niveau de contractualisation à long terme très élevé.

Même phénomène pour les amérisants Herkules, Magnum ou Taurus, ce qui a pour conséquence des prix qui grimpent fortement sur un marché spot toutefois quasi inexistant ! Les pénuries de houblons contractualisés doivent être couvertes par des achats sur le marché libre. Seules des variétés comme Hüll Melon, Mandarina Bavaria et Hallertau Blanc sont disponibles à la vente.

Situation du houblon en France

En France, le phénomène climatique a été sensiblement le même qu’en Allemagne. Une quantité de pluie décente de mai jusqu’à mi-juin avec des températures clémentes est le cocktail idéal pour une pression mildiou importante mais aussi pour de bonnes conditions végétatives. Puis un déficit d’eau et des températures extrêmes de mi-juin jusqu’à mi-juillet ont compromis l’intégrité physique du houblon. Par bonheur le reste de la saison a réservé des précipitations plus régulières et surtout des températures plus conformes à ce dont le houblon a besoin pour s’épanouir.

Au final, peu de surprises, tant on pouvait s’attendre à des rendements faibles pour les variétés précoces Golding, Fuggle, Triskel et Tradition qui aiment les mois de juin tempérés et un bon niveau de pluie. A partir de la mi-saison la situation s’inverse complètement avec des rendements de bons pour les Strisselspalt, Aramis, Mistral Barbe-Rouge ; à très bons pour les variétés tardives Brewers gold, Columbus et Nugget.

Températures journalières 2017

Ces irrégularités climatiques deviennent une vraie préoccupation pour les houblonniers. L’industrie a été confrontée à 3 épisodes de stress hydrique majeurs durant les 5 dernières années ! On note également que le climat a perdu de sa régularité mais propose des événements extrêmes. L’impact sur le volume de production est réel. Il l’est encore plus sur la production d’alpha. Alors qu’habituellement la profession tient compte d’une moyenne Alpha sur 10 ans pour ses prévisions de production, on observe qu’elle n’est plus du tout conforme à la réalité et que la moyenne sur 5 ans est plus appropriée.

Precipitations moyennes 2017

Une réadaptation va être nécessaire. A chaque épisode de sécheresse on s‘interroge sur la pertinence de l’irrigation, qui peut permettre à minima de compenser une partie de la perte de rendement mais ne réduira pas l’impact de la chaleur sur la masse végétative d’une plante extrêmement aérienne comme le houblon ! La recherche variétale future devra tenir compte de ce critère.

Les barrières à l’entrée sont importantes

480 ha de houblon ont été récoltés en France en 2017. C’est une nouvelle progression de 20 ha soit 4.6%. La croissance de la production se fait principalement en Alsace où les brasseurs s’intéressent de plus en plus aux variétés typiques du terroir, Aramis, Mistral, Barbe-Rouge et d’autres dans un proche futur. Alors, l’herbe est-elle plus verte ailleurs ? Non, les brasseurs français consomment des variétés françaises que l’on apprécie pour leur typicité de terroir. La progression des surfaces est organique et se veut sécurisée pour garantir le revenu de ses producteurs.

Alors que la filière voudrait accueillir de nouveaux jeunes planteurs en son sein, le ticket d’entrée dans la production de houblon reste dissuasif pour un jeune. L’investissement dans des équipements de récolte, de cueillette, de séchage et d’emballage est impératif quand on veut offrir au brasseur un bon niveau de qualité des houblons.

Mais le contexte reste favorable

Le déficit alpha en Europe en 2017 est donc compensé par la production US, soit une offre globale de 10 500 To alpha contre 10 800 en 2016. Bien que la production mondiale de bière stagne depuis 3 à 4 ans autour de 1.950 Millions d’HL, l’augmentation de versement de houblon dans les bières permet d’estimer un déficit de 300 To Alpha pour 2018.
Depuis 2010, le nombre de micro-brasseries en Europe a plus que triplé pour atteindre 8500. Chaque semaine, 20 microbrasseries ouvrent en Europe.

Alors que les plus grands producteurs de bière de l’UE sont l’Allemagne, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni, c’est dans des pays traditionnellement non brassicoles que les croissances se font : Italie, France.

La demande pour des houblons reste soutenue, jusqu’à très forte pour les houblons bio. Convertir son houblon en bio nécessite 3 récoltes pleines. Seule la 4e récolte est certifiable bio. Autant dire une inertie qui ne permet pas de répondre rapidement aux demandes du marché. De plus, le houblon est une plante pérenne, ceci explique la nécessité d’une bonne communication entre producteurs de houblon et brasseurs. Sécuriser ses matières premières, notamment le houblon, est vital pour le brasseur. La contractualisation reste le meilleur outil pour garantir ses approvisionnements sur plusieurs saisons.

Retrouvez plus d’informations et faites vos commandes sur le site du Comptoir Agricole

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