Le choix des plants: une étape délicate pour les houblonniers

Technique

 L’été vient juste de se terminer et vous réfléchissez déjà à votre plantation du printemps prochain, car vous êtes un houblonnier prévoyant et vous savez que pour avoir vos plants il faut commander maintenant.

Mais si tout le monde a plein d’idées sur les cultivars qu’il aimerait mettre en place, pour beaucoup d’entre-nous trouver le bon fournisseur est un vrai casse-tête.

Alors comment vous vous y prenez?

A: vous passez du temps devant votre ordinateur à fouiller le net à la recherche d’un producteur de plants

B: vous avez un ami qui vient juste de rentrer des USA avec des rhizomes qu’on ne trouve pas encore ici

C: vous connaissez quelqu’un qui connait quelqu’un qui a des graines de Nouvelle-Zélande

 

Ceux d’entre vous qui ont déjà entendu des phrases comme celles ci ne peuvent pas les ignorer et encore moins les sous-estimer. Car s’approvisionner en plants est une étape extrêmement délicate dans votre projet de houblonnière et il ne faut pas la prendre à la légère.

Pour quelles raisons?

La verticilliose, est une maladie qui affecte plus de 300 espèces végétales. Cette maladie sur houblon est causée par deux champignons : Verticillium alboatrum et Verticillium dahliae.
Les champignons infectent leurs hôtes en pénétrant dans les racines saines ou blessées, puis le mycélium envahit les faisceaux vasculaires par lequel il se répand dans toute la plante. Les conidies entraînées par le flux de la sève atteignent de nouvelles parties de la plante, puis germent et se développent, et en peu de temps….une parcelle entière est entièrement détruite. Vous marchez avec vos chaussures sur une parcelle contaminée, et vous répandez le virus partout où vous allez. Les outils de travail se chargent du reste.

Pas de lutte possible contre cette maladie, des hectares de houblon ont déjà été arrachés pour contenir le phénomène en plusieurs Pays. Une filière entière est en danger.

Actuellement, selon l’Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes (OEPP) (connue en anglais sous le sigle EPPO : European and Mediterranean Plant Protection Organization) des souches de verticilliose sont présentes dans plusieurs pays, avec un degré d’importance pas toujours alarmant mais qu’il faut connaître:

– Verticillium albo-atrum

Les souches spécifiques et particulièrement agressives sur le houblon ont surtout été étudiées au Royaume-Uni. Dans la majorité des autres pays où V. albo-atrum a été signalé sur houblon, il n’y a pas d’informations disponibles sur la spécificité ou l’agressivité. La maladie se rencontre probablement dans d’autres pays producteurs de houblon, mais probablement sous une forme modérée.
OEPP: Allemagne (verticilliose légère à modérée), Belgique, France (non confirmé), Luxembourg, Pologne, Royaume-Uni (verticilliose légère à modérée), Russie, Slovaquie. Amérique du Nord: Etats-Unis (rares cas de verticilliose modérée en Oregon uniquement). Océanie: Nouvelle-Zélande (rares cas de verticilliose modérée sur la South Island uniquement).
UE: présent.
Carte de répartition: voir CMI1986a, n° 365 (https://www.cabi.org/dmpd/restricted/?target=%2fdmpd%2fabstract%2f20056500365), qui concerne le champignon sur toutes ses plantes-hôtes, pas uniquement sur houblon.

Verticillium dahliae

La verticilliose du houblon est généralement attribuée à V. albo-atrum, mais parfois c’est V. dahliae qu’on isole. Comme on peut le voir ci-dessous, les signalements nationaux spécifiques sont rares, mais la verticilliose du houblon due à V. dahliae peut en fait se produire chaque fois que l’hôte et le pathogène se trouvent ensemble. Jusqu’à récemment rien ne suggérait que des souches spécifiques puissent être impliquées. Bien que l’on ait signalé des souches avec des différences de pathogénicité en Allemagne (Zinkernagel, 1982), le service allemand de la protection des végétaux ne considère actuellement pas que des souches de V. dahliae spécifiques du houblon soient présentes dans ce pays. Une souche agressive envers le houblon a été étudiée au Royaume-Uni (Chambers et al., 1985).

OEPP: Allemagne, Belgique (non confirmé), Royaume-Uni. Asie: Azerbaïdjan.
Amérique du Nord: Etats-Unis (California, Oregon).
UE: présent.

Carte de répartition: voir CMI 1986b, n° 366 (https://www.cabi.org/dmpd/restricted/?target=%2fdmpd%2fabstract%2f20056500366), qui concerne le champignon sur toutes ses plantes-hôtes, pas uniquement sur le houblon. »  (source: https://gd.eppo.int/taxon/VERTAH/documents, Fiche informative Verticillium spp. sur houblon)

Cela ne veut pas dire que les plants venant de ces pays sont malades, mais il faut demander des garanties sanitaires au moment de l’achat.

C’est là que le Passeport Phytosanitaire Européen a son importance, car il atteste que le plant certifié est indemne de verticilliose (qui est d’ailleurs le seul organisme réglementé sur houblon).

Fort heureusement, un plant de pépinière destiné à la plantation doit obligatoirement être accompagné par un PPE!

Selon la directive 2000/29/CE du Conseil du 8 mai 2000 concernant les mesures de protection contre l’introduction dans la Communauté d’organismes nuisibles aux végétaux ou aux produits végétaux et contre leur propagation à l’intérieur de la Communauté (JO L 169 du 10.7.2000, p. 1), « tous les Végétaux de Humulus lupulus L., destinés à la plantation, à l’exception des semences doivent faire l’objet d’une Constatation officielle qu’aucun symptôme de Verticillium albo-atrum Reinke et Berthold et de Verticillum dahliae Klebahn n’a été observé sur le houblon du lieu de production depuis le début de la dernière période complète de végétation. » , (source: https://www.legifrance.gouv.fr).

Ceci est valable pour tous les plants venant des Pays communautaires, extra communautaires (dans ce cas ce sera un Certificat Phytosanitaire) y compris pour la circulation des plants à l’intérieur d’un même Pays, c’est à dire en France.

A quoi ressemble un Passeport phytosanitaire européen (PPE) ?

Il s’agit d’un encart apposé sur des factures ou bon de livraison ou sous forme d’étiquette par les producteurs de plants ou les revendeurs.

Il comporte des mentions obligatoires pour permettre aux plants de circuler sur le territoire de l’UE, y compris pour une circulation à l’intérieur de chaque État Membre.

A quoi ressemble un Certificat phytosanitaire (CP) ?

Document officiel établi par les services officiels (Organisation Nationale de la Protection des Végétaux – ONPV) de chaque pays exportateur vers la France ou un pays européen.

Ce document est demandé par votre fournisseur auprès des autorités de son pays. Le certificat phytosanitaire doit être tamponné et signé par un inspecteur officiel du pays et accompagner les végétaux lors de leur importation. En cas d’absence ou de mention erronée, les végétaux sont bloqués, puis ils sont refoulés ou détruits par les autorités officielles.

(source: DRAAF Grand Est Service régional de l’alimentation Note phytosanitaire : Houblon Humulus lupulus (publié le 05/09/2018)

certificat-phytosanitaire

Certificat Phytosanitaire Houblon (source: DRAAF Grand Est Service régional de l’alimentation)

A noter que:

  • Si vous êtes un professionnel (de la production végétale ou autre), chaque plants que vous achetez doit être accompagné physiquement d’un PPE.
  • Si vous êtes un particulier, ceci n’est pas obligatoire. C’est à dire que les vendeurs (bien qu’ils soient soumis à immatriculation et à contrôle de la DRAAF/SRAL) n’ont pas l’obligation d’apposer physiquement un PPE sur ces végétaux s’il n’existe aucun danger de propagation d’organisme nuisible et s’il s’agit de petites quantités.

 

Si cela ne vous a toujours pas convaincu à ne pas ramener un souvenir de votre voyage pensez alors à votre porte monnaie.

L’ Arrêté du 21 janvier 2015 fixant les quantités de végétaux, produits végétaux et autres objets autorisés à l’importation dans les bagages des voyageurs vous indique gentiment les quantités de rhizomes, plants et boutures auxquelles vous avez droit: zéro (source: http://www.douane.gouv.fr, https://www.legifrance.gouv.fr).

Si vous êtes donc néo-houblonnier amateur ou professionnel, et que vous faites ça par passion, vous aurez bien compris l’enjeu de bien choisir son matériel végétal.

Le PPE apporte des garanties en termes de traçabilité et de qualité sanitaire (plants indemnes de verticilliose) mais il ne vous garanti pas tout. En effet, le houblon est affecté par de nombreux organismes nuisibles qui peuvent provenir de la parcelle, de l’environnement ou du matériel introduit dans la plantation. Parmi les plus connus:

Parasites

Maladies

Viroses

Autres Virus

Tétranyque tisserand (Tetranychus urticae) Oïdium (Sphaerotheca humuli) Hop Mosaic Virus (HMV) Hop Latent Virus (HpLV)
Puceron du houblon (Phorodon humuli) Botrytis (Botrytis cinerea) Arabis Mosaic Virus (ArMV) American Hop Virus, (AHV)
Altise du houblon (Psylliodes punctulata) Mildiou (Pseudoperonospora humuli) Prunus Necrotic Ringspot Virus (PRNV) Apple Mosaic Virus (ApMV)
Otiorhynque de la livèche (Otiorhynchus ligustici) Hop Stunt Virus (HSV)
La petite hépiale du houblon (Korscheltellus lupulinus)


Il est donc important de surveiller très attentivement l’apparition de symptômes (de virus ou de tout autre parasite de qualité) dans les mois suivant l’implantation de nouveau matériel végétal.

Une fois compris l’enjeu sanitaire vous pouvez passer à quelques considérations sur le format de votre matériel végétal de départ.

La graine.

Chacun sait que dans une houblonnière il n’y a de la place que pour des plantes femelles, parce qu’elles produisent des inflorescences femelles (autrement appelées cônes) utilisées par les brasseurs. Il est donc primordial de s’assurer que la graine semée donne vie à une plante femelle, car s’il s’agissait d’un mâle ceci pourrait féconder les fleurs produites par les femelles et compromettre votre production. Malheureusement, le sexe et le génome des graines sont inconnus.

Le rhizome.

Le rhizome est une partie de tige souterraine généralement horizontale qui contient des réserves et qui permets de produire des nouvelles plantes à partir de ses bourgeons. On peut facilement trouver des rhizomes en vente (ou plutôt des bouts de rhizomes) qui sont sélectionnés à partir des plantes de houblon qui ont plusieurs années de vie. Attention à ne pas le confondre avec la racine nue (voir description ci-après).

Si vous avez eu l’opportunité de lire le Guide du Houblonnier Amateur vous saurez que, étant issue de la division végétative d’un plant, les rhizomes possèdent le même sexe et le même génome de celui ci. Il est donc facile de sélectionner uniquement les plants femelles. Ils auront besoin de trois ans avant de donner une pleine récolte de houblon, ils offrent cependant des certitudes limitées sur les caractéristiques sanitaires: en effet les virus et les maladies évoquées plus haut peuvent « s’abriter » dans le rhizome et se déclarer une fois la plante en terre et le rhizome est souvent issu de houblonnières de production, et sont rarement munies des garanties sanitaires qu’un pépiniériste fournira.

Rhizome Houblon (crédits photo: Amphibeer, LLC. Barley Haven ®)

La racine (ou souche) nue.

Il s’agit du système racinaire entier de la plante de houblon, mis en vente habituellement pendant sa phase dormante et sans la terre. Souvent confondue avec le rhizome, la racine nue a l’avantage d’un développement potentiellement plus rapide. Les racines nues, ou souches nues, que l’on trouve dans le commerce ont généralement plus d’un an de vie.

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Plant d’un an houblon (crédits photo: Great Lakes Hops)

Le plant en pot/godet

Le plant a un système racinaire déjà développé et un système foliaire qui permet d’en apprécier visuellement l’état de santé. Dans le commerce, on peut trouver des jeunes plants ou des plants qui ont un an de vie, et ils sont vendus en pot (ou godet). Dès la deuxième année, un plant d’un an en pot peut fournir une pleine production de houblon, si les conditions de culture sont bonnes. Il faudra attendre la troisième année pour un jeune plant en godet (qui a quelques semaines/mois de vie), qui a besoin de plus de temps pour bien renforcer son système racinaire encore jeune. Vous pouvez donc essayer de mettre toutes les chances de votre côté en choisissant un plant en pot bien enraciné (à titre indicatif on part de 15 cm de racines), il sera suffisamment costaud pour aller en pleine terre et devrait supporter différentes conditions climatiques, si les soins sont appropriés.

 

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Houblon, plant godet (crédits photo: Great Lakes Hops)

 

Alors maintenant que vous avez choisi votre format, fouillé sur internet et trouvé des fournisseurs potentiels, comment choisir le bon?

Si vous nous avez suivis jusqu’ici vous savez que le critère de base est la garantie phytosanitaire, donc un PPE et des bonnes conditions de production, mais vous pouvez adopter quelques bons réflexes en plus:

  • le lieu de provenance: si le plant est produit dans une région climatiquement proche de la vôtre il subira moins de stress et s’adaptera plus facilement à son nouvel emplacement.
  • le cultivar: acheter des cultivars originaires d’un pays qui, en termes de terroir et climat, est proche de votre lieu d’exploitation, augmente les chances d’un bon épanouissement de votre plant et donc de votre houblon.
  • si votre fournisseur vous donne aussi des garanties génétiques sur le cultivar (c’est à dire qu’il vous vend effectivement le cultivar qu’il dit vous vendre en plus de vous garantir que c’est bien un plant femelle) est un plus.

Une autre chose importante:

Les cultivars portant les initiales R, TM, PVR ou tout autre symbole de brevet ne peuvent pas quitter le consortium de production, donc gare aux fournisseurs malveillants qui essaient de vous vendre des cultivars encore couverts par le brevet sans en avoir le droit!

Vous pouvez trouver la liste des cultivars protégés par des brevets sur le site de l’International Hop Grower’s Convention, ici

Il y a tant à connaître encore et nous ne sommes que des passionnés parmi vous. Nous espérons que ces quelques conseils vous aideront dans votre choix et que surtout vous feront prendre conscience de l’importance de cette étape délicate.

PS: Si malgré toutes ces précautions vos plants ne sont pas à la hauteur de vos attentes…changez de fournisseur l’année prochaine!

 

Auteur : Sara Bambagiotti, responsable de l’Action Plants du Plan d’Actions 2018 Houblons de France