Houblon urbain

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Revégétaliser la Ville

Anne Hidalgo, Maire (PS) de Paris et Pénélope Komites, son adjointe chargée des espaces verts, de la nature et de la biodiversité ont dévoilé la liste des 36 lauréats de l’appel à projets « Parisculteurs » lancé par la Ville en avril.

Les lauréats se partagent une surface de 5,5 ha de toîts-terrasses, de parking souterrains et de terrains municipaux pour les transformer en fermes urbaines qui commenceront à produire des fruits, des légumes, et même du houblon à partir du printemps prochain.

Les projets retenus mettent en œuvre une grande variété de techniques de culture : aquaponie, aéroponie, permaculture, culture en bac, hydroponie champignonnière… “L’imagination et l’inventivité dont témoignent les projets prouvent que notre engagement pour une ville moins minérale, plus végétale et “comestible” n’est pas une chimère” se félicite Pénélope Komites, “Ils sont des réponses concrètes au double défi climatique et alimentaire auquel les villes et métropoles sont confrontées. »

Parmis les lauréats, trois projets comportent une micro-houblonnière urbaine sur les toîts de Paris, le plus spectaculaire? La micro-houblonnière de 200 pieds sur le toît de l’Opéra Bastille qui fournira 500 kg de houblon frais aux brasseries parisiennes et à une micro-brasserie installée dans les greniers de l’Opéra.

HOP’ERA installe un potager, une houblonnière et une micro brasserie sur les 5 500 m2 de toîture de l’Opéra Bastille

Fournir les brasseurs locaux

Si les jardiniers urbains de la start-up “Topager”, lauréats du projet de l’Opéra Bastille sont aussi sûrs d’eux, c’est qu’ils sont déjà familier avec cette plante, en effet ils ont initié la communauté “Les Houblonniers Parisiens” avec l’association Houblons de France et Zone AH, ces parisiens à la main verte plantent du houblon partout dans Paris pour revégétaliser la ville et apporter aux brasseurs parisiens une solution durable face à la pénurie de houblon apparue ces dernières années.

Mais les parisiens sont loin d’être les seuls à planter du houblon sur leur toît et dans leurs jardins: Montréal, Londres et plus récemment Lille et Bruxelles ont leurs micro-houblonnières urbaines, en 2012, l’association City Farmer a inauguré à Londres ses premiers sites de production, l’année suivante Meantime Brewery a planté des centaines de plants à des emplacements clés de Londres: St James’s Park, Regent’s Park ou le Museum d’Histoire Naturelle.

Bruxelles aussi s’est mis au houblon urbain, 3 sites de production situés  dans le quartier d’Anderlecht (S-O de Bruxelles) auront pour objectif de fournir aux brasseurs de Brussels Beer Project du houblon frais pour leurs expériences brassicoles.

Montréal Houblonnière a planté depuis 2014 plus de 2000 pieds, l’objectif: brasser la bière du 375e anniversaire de Montréal (2017) avec du houblon 100% montréalais, Maxime Dufresne, à l’origine du projet se félicite de l’implication des brasseurs et des montréalais: “Cette bière sera le fruit d’une collaboration entre brasseries artisanales et citoyens et sera un bel exemple du savoir-faire et de la créativité des Montréalais et Montréalaises”

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S’il est tentant de planter du houblon sur son balcon ou sur son toît, les professionnels du houblon mettent en garde contre les plants et rhizomes disponibles sur internet et provenant de l’étranger, certains abritent des maladies qui, une fois cultivées se propagent aux autres plantes et aux micro-houblonnières à proximité : “Depuis 2016, nous misons sur des plants certifiés sans virus issus de boutures aériennes provenant du Sud de l’Ontario, poursuit Maxime Dufresne, les résultats sont prometteurs, plusieurs citoyens ayant eu des récoltes intéressantes dès la première année. Les plants garantis sans virus se montrent beaucoup plus vigoureux que des rhizomes”.

Dr Peter Darb, chercheur à Wye Hops Ltd,  il se réjouit du coup de projecteur dont bénéficie le houblon ces dernières années, notamment en ville, mais il met en garde contre l’idée que la culture du houblon est facile et accessible à tous: “les ravageurs et les maladies auxquelles le houblon est confronté peuvent être traités, mais il faut savoir ce qu’il faut chercher, connaître les méthodes de prévention et les traitements possibles, et cela demande beaucoup d’expérience.”

Martin Crawford de l’”Agroforestry Research Trust” pense que la culture du houblon est idéale en ville: “un plant de houblon grandit généralement jusqu’à 6 à 8 mètres de haut, mais il existe aussi des variété naines comme le “first gold” qui grimpe jusqu’à 3 mètres, qui peuvent parfois mieux s’adapter aux petits espaces” et de poursuivre “Les deux principaux fléaux qui affectent le houblon sont le mildiou et les pucerons, ils font des ravages dans les champs de houblons, mais si le houblon est planté dans un espace plus propice à la biodiversité et sans promiscuité avec d’autres plants de houblon, ils ne devraient pas être un problème”.

Engager les citoyens

Outre la végétalisation des villes et l’envie de boire des bières 100% locales, le point commun partagé par les projets de micro-houblonnières urbaines est la volonté de créer des liens sociaux entre les citoyens, à Hellemmes, Pierre-Edouard Martin, initiateur du projet “TOUS HOUBLON” revendique cette philosophie: “Nous souhaitions un projet qui permette aux gens de se rencontrer dans le quartier, autour d’une cueillette, d’un verre et du jardinage, nous allons planter prochainement des “houblonnières de quartier” dans des zones en friches à Hellemmes, nous allons aussi réaliser des brassins publics, organiser des achats groupés de matières premières et de matériels de qualité pour que chacun puisse apprendre de la chimie du brassage.”

Cultiver du houblon en ville apparaît comme une solution face à la pénurie de houblon, cela permet par ailleurs d’améliorer le cadre de vie des citadins, mais la culture du houblon n’est pas une science facile, ni accessible à tous, elle demande des connaissances en agronomie, et une expérience solide en agriculture. Les communautés qui rassemblent associations, start-up et citoyens doivent tenir ce rôle de plateforme d’échanges des savoirs pour garantir aux brasseurs des houblons de qualité, du champ à la cuve.

Relocaliser le houblon au plus proche des brasseries, jusqu’au coeur des ville, n’est pas une idée isolée et symbolique mais une action concrète qui répond à la demande des brasseurs et aux aspirations des consommateurs.

La deuxième campagne de plantation des Houblonniers Parisiens se tiendra le 1er Février à La Générale à Paris dans le cadre du Comice du Houblon, une journée entière dédiée au houblon, du champ au verre.